Une résidente âgée et un intervenant échangeant dans un salon lumineux en établissement gérontologique

Travaux et écrits cliniques de Monique Durieux en gérontologie

L’accompagnement des personnes très âgées en structure d’hébergement confronte quotidiennement les soignants et les intervenants à des questionnements complexes, où se mêlent la perte d’autonomie, l’histoire individuelle et les remaniements affectifs propres au vieillissement. Psychologue clinicienne de terrain, Monique Durieux a consacré une part majeure de sa pratique à l’écoute des résidents et de leurs familles au sein d’établissements gérontologiques. Ses contributions, notamment remarquées au sein de revues spécialisées en gérontologie sociale, constituent des repères précieux pour soutenir les équipes dans leur posture d’écoute.

L’argent au cœur des liens filiaux : l’expression du non-dit

L’entrée d’un parent en maison de retraite ou l’organisation de sa prise en charge matérielle réactive immanquablement des tensions au sein de la fratrie ou du couple parental. Trop souvent appréhendée sous un angle uniquement administratif ou juridique, la gestion des biens financiers cristallise en réalité des affects profonds, parfois enfouis depuis plusieurs décennies.

Dans son analyse clinique intitulée L’argent, Monique Durieux explore ce que ces échanges monétaires viennent dire du lien filial. Les conflits autour des participations financières, les reproches différés ou la culpabilité ressentie face à l’obligation alimentaire ne relèvent pas seulement de questions d’intendance. Ils incarnent le véhicule privilégié d’émotions inexprimées : le sentiment de dette affective, la quête d’équité entre frères et sœurs, ou encore la peur panique d’assister à l’effacement de l’autorité parentale. Pour les professionnels soignants et les travailleurs médico-sociaux, comprendre cette charge symbolique permet de désamorcer bien des incompréhensions lors des synthèses ou des temps d’accueil des proches.

L’aire de jeu du conte : renouer avec la vie psychique en institution

La vieillesse avancée et la vie collective en institution risquent parfois de restreindre la personne âgée à son statut de corps dépendant ou de patient désorienté. Face à cette menace de repli, le maintien d’espaces symboliques et créatifs s’avère fondamental pour préserver le désir et le sentiment d’exister.

Dans son texte Paroles de vieux, la clinicienne témoigne de l’impact d’ateliers de contes menés auprès d’aînés très dépendants. Portés par des intervenants extérieurs issus d’horizons variés, ces rendez-vous ne sont pas de simples animations occupationnelles. Ils constituent de véritables espaces transitionnels où les résidents sont invités à investir un imaginaire partagé. L’écoute du récit réveille les émotions de l’enfance, sollicite la mémoire sensorielle et réintègre le sujet dans une communauté de parole vivante, démontrant que la capacité à rêver et à éprouver demeure active jusqu’au bout de la vie.

Un regard partagé pour soutenir la clinique du vieillissement

Les observations de Monique Durieux rejoignent les préoccupations de nombreux praticiens qui œuvrent pour humaniser l’accueil en institution et penser la singularité du vieillissement. À l’image des recherches portées dans l’ensemble de nos publications professionnelles, son travail rappelle que chaque geste de soin et chaque entretien institutionnel gagnent à être éclairés par une compréhension fine de la vie psychique.

Prendre le temps d’écouter les récits des personnes âgées, entendre ce que cachent les réticences matérielles et offrir des espaces d’expression poétique ou narrative : telles sont les pistes concrètes que Monique Durieux transmet aux professionnels pour les guider dans leur pratique soignante au quotidien.

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