En institution gériatrique, la démarche palliative ne se résume pas à l’imminence des derniers instants : elle constitue une philosophie globale de soins, orientée vers le soulagement des souffrances globales (physiques, psychologiques, existentielles) et le respect inconditionnel de la personne. Aborder cette ultime étape implique pour les professionnels d’articuler technicité médicale, délicatesse relationnelle et présence attentive.
Distinguer la peur de la mort et l’angoisse de fin de vie
Dans la pratique clinique, il convient de différencier la peur de la mort, souvent liée à des objets identifiables (la crainte de souffrir, la peur de l’étouffement, l’appréhension de mourir seul), de l’angoisse de mort, qui touche à la perte du contrôle de soi, au néant et à la rupture irrémédiable des liens. Face à ces éprouvés, les résidents mobilisent divers mécanismes de défense : le déni, la colère, le repli sur soi ou parfois une forme de marchandage.
Pour offrir un étayage pertinent, il est essentiel de mieux connaitre et comprendre les personnes âgées en Etablissement dans leur singularité et leur histoire de vie. Accueillir les émotions sans vouloir immédiatement les rationaliser ni chercher à consoler à tout prix permet au sujet d’exprimer ses doutes et de trouver un espace sécurisant pour aborder ce passage.
La présence soignante : que dire et comment se situer ?
Le sentiment d’impuissance est l’une des épreuves les plus fréquentes rencontrées par les soignants. Lorsque la guérison n’est plus l’objectif, la tentation de la fuite ou, à l’inverse, d’un activisme technique excessif peut surgir comme un bouclier face à sa propre anxiété.
L’accompagnement s’articule alors autour de repères simples mais exigeants :
- Une présence corporelle rassurante : le toucher relationnel, l’installation attentive, les soins de bouche pluriquotidiens et le confort postural deviennent des actes thérapeutiques majeurs.
- Une disponibilité silencieuse : savoir rester assis auprès du résident sans rompre le silence permet d’apaiser l’angoisse d’abandon sans imposer de paroles inutiles.
- L’écoute des proches : la famille traverse souvent une phase de pré-deuil douloureuse. L’équipe gagne à les associer aux gestes simples de confort s’ils le souhaitent, tout en clarifiant leur place auprès de leur parent.
Cette vigilance s’exerce avec une intensité toute particulière durant les heures nocturnes, où les angoisses de séparation s’amplifient souvent. L’engagement d’un soignant de nuit en EHPAD assure la continuité indispensable de ce sentiment de sécurité pour le mourant.
L’éthique du soin et le soutien indispensable des équipes
Prendre soin jusqu’au bout interroge en permanence les limites du soignant, sa vulnérabilité et son propre rapport au deuil. Aucun professionnel ne peut porter seul le poids d’un accompagnement en phase terminale sans risquer l’épuisement ou le désengagement affectif.
L’intervention d’un psychologue en EHPAD offre des espaces d’analyse de la pratique et de débriefing émotionnel nécessaires pour libérer la parole autour de la culpabilité, des deuils cumulés et des dilemmes éthiques (nutrition, hydratation, sédation profonde et continue). Enfin, la solidité d’une démarche palliative repose sur le travail en équipe et l’esprit d’équipe en EHPAD, garantissant une cohérence interdisciplinaire depuis l’évaluation des symptômes d’inconfort jusqu’aux rituels d’adieu et à la préparation respectueuse du corps après le décès.




