Face aux métamorphoses corporelles induites par l’avancée en âge et les pathologies neuroévolutives, la personne âgée se retrouve fréquemment confrontée à un sentiment d’étrangeté vis-à-vis de son propre corps. La motricité se fragilise, les repères spatio-temporels s’estompent et l’estime de soi s’érode. Dans ce contexte, l’intervention du psychomotricien en gérontologie apporte un éclairage singulier : loin d’une simple rééducation mécanique, elle s’intéresse aux interactions constantes entre le corps, la vie psychique et l’environnement relationnel.
Réinvestir le schéma corporel et l’image de soi
Le vieillissement impose un travail de réaménagement psychologique considérable. Entre altération des fonctions sensorielles, apparition de douleurs chroniques et peurs de la chute, le résident ou patient à domicile peut adopter des conduites d’évitement, voire un retrait relationnel marqué. L’approche psychomotrice soutient le patient pour retrouver des sensations agréables et rassurantes à travers son enveloppe corporelle.
Le praticien aide la personne à réinvestir ses limites corporelles, à consolider son ancrage postural et à renouer avec le plaisir du mouvement. Face aux angoisses de perte de contrôle, la restauration d’une sécurité posturo-émotionnelle constitue un préalable indispensable pour maintenir les capacités motrices résiduelles.
L’évaluation psychomotrice et les médiations thérapeutiques
L’accompagnement débute par un bilan psychomoteur attentif, complété par des observations cliniques menées dans les actes de la vie courante. Cette étape permet d’évaluer la tonicité, la coordination, l’équilibre, mais aussi la manière dont l’individu investit l’espace et communique avec autrui.
Sur prescription médicale, les séances peuvent être individuelles ou groupales. Le psychomotricien adapte ses médiations selon l’histoire, les désirs et les besoins spécifiques de chaque individu :
- La relaxation et l’approche tonico-émotionnelle : pour réduire l’hypertonie d’opposition, l’anxiété et réguler les tensions internes.
- Le travail d’équilibre et de coordination : à travers des parcours sensoriels ou des mobilisations douces pour prévenir le syndrome post-chute.
- L’expression et le jeu : danse adaptée, ateliers rythmiques ou jeux de ballon qui favorisent l’interaction sociale et le dynamisme affectif.
- Les stimulations multisensorielles : particulièrement bénéfiques dans la démarche soignante auprès de résidants en démence confrontés à une vive désorientation.
Une présence clé au sein de l’équipe soignante
L’action du psychomotricien ne se limite pas à la salle de soin. Sa lecture clinique des attitudes posturales et des manifestations d’agitation enrichit le regard de l’ensemble des professionnels de santé. En collaboration étroite avec les aides-soignants, le psychomotricien apporte des pistes pratiques pour faciliter les gestes quotidiens. À ce titre, repenser la toilette auprès du résidant comme un temps relationnel permet d’intégrer des touchers contenants et des mobilisations respectueuses du schéma corporel.
En synergie avec les infirmiers, les kinésithérapeutes et le médecin coordonnateur, ce praticien participe activement à l’élaboration de projets de soins individualisés. Il partage également une proximité réflexive féconde avec le psychologue pour décoder les troubles du comportement et accompagner les répercussions émotionnelles des deuils successifs vécus par la personne âgée.
Accompagner la fin de vie et apaiser les angoisses ultimes
Dans les situations de grande dépendance ou de soins palliatifs, le rôle du psychomotricien s’oriente vers le confort, le soulagement des postures inconfortables et l’apaisement respiratoire. Par des mobilisations passives précautionneuses et des stimulations tactiles rassurantes, il maintient un pont de communication fondamental lorsque la parole n’est plus accessible, réaffirmant jusqu’au bout la dignité du sujet dans son corps.




