Dans le champ de la protection de l’enfance, du soin pédopsychiatrique et du travail médico-social, la question paternelle demeure un axe déterminant de l’évaluation et de la prise en charge. Longtemps pensée sur un modèle strictement patriarcal ou d’autorité descendante, la fonction du père se conçoit aujourd’hui dans sa dimension symbolique, affective et structurante au sein de configurations familiales variées.
La fonction de tiers séparateur dans le lien précoce
Dès les premiers mois de la vie, la présence du père ou d’un second parent permet d’introduire un espace de respiration dans la dyade mère-nourrisson. Cette fonction de tiers séparateur soutient l’enfant dans l’accès à son autonomie progressive et permet à la mère de s’ouvrir sur l’extérieur sans culpabilité. En instaurant un premier écart, le tiers prévient les risques d’une fusion prolongée et aide le tout-petit à investir d’autres objets d’attachement.
Ce travail de différenciation se manifeste notamment dans les moments partagés autour des soins quotidiens et des médiations ludiques. À cet égard, observer le bébé, l’enfant et le jeu permet souvent de repérer la façon dont chaque adulte investit la dimension corporelle, motrice et imaginaire de la relation.
Triangulation relationnelle et inscription généalogique
L’introduction du tiers ouvre la voie à la triangulation oedipienne, étape clé de la maturation affective. L’enfant découvre qu’il n’est pas le seul objet du désir de ses parents et que des règles tierces organisent les échanges humains. Ce repérage des places et des interdits fondateurs favorise la canalisation des pulsions et l’intériorisation des limites.
Dans le suivi institutionnel, articuler la place des parents dans le travail avec l’enfant suppose d’entendre le récit de chacun et de réinscrire l’enfant dans une lignée double. Lorsque le père est empêché, marginalisé ou physiquement absent, le travail des soignants et éducateurs consiste à soutenir la fonction paternelle dans le discours, en reconnaissant l’existence de cette branche familiale sans porter de jugement disqualifiant.
L’absence du père : accueillir la parole et travailler le manque
Qu’elle soit liée à une rupture conjugale conflictuelle, à un deuil, à une incarcération ou à un désengagement, l’absence du père convoque chez l’enfant des représentations complexes, souvent marquées par le fantasme ou la culpabilité. Les professionnels sont alors sollicités pour offrir un cadre d’écoute sécurisant permettant de :
- Distinguer l’absence physique de la place psychique reconnue au père dans le discours familial.
- Éviter les projections idéalisées ou diabolisantes qui figent l’enfant dans un conflit de loyauté.
- Accompagner les manifestations symptomatiques qui peuvent émerger, particulièrement face à l’agressivité et la violence à l’adolescence.
- Soutenir les mères isolées dans la réaffirmation d’une loi extérieure partagée.
Objectifs pédagogiques de la session
Cette formation propose aux intervenants du secteur médico-social et soignant d’approfondir les concepts de coparentalité, de fonction symbolique et d’alliance éducative. À travers l’analyse de situations cliniques concrètes, les participants explorent des pistes d’intervention respectueuses des réalités contemporaines de la famille, afin de redonner au père toute sa légitimité dans le parcours de l’enfant.
